CAP A L'EXTREME NORD : Le "Grand Blanc" vu d'avion ... et l'arrivée
Pour
débuter le raid, encore faut-il y parvenir dans cet
Extrême Nord canadien ! C'est loin, même très loin
... Cinq heures de vol seront nécessaire pour atteindre notre
destination finale sur la côte Est de l'Île de Baffin. Long ? Certes, mais
finalement bien court pour un changement de monde !
Retour en arrière. Triste matin d'avril à Ottawa, un
ciel bas, plombé et un sol recouvert d'une couche de neige
humide.
Il est 9h30, l'avion de la compagnie First Air décolle : Cap
au nord.
Près
d'une heure plus tard les nuages ont disparu, la brume s'est
évaporée ... Le soleil illumine des étendues de
plus en plus blanches, le relief s'estompe sous l'épaisse
couche de neige : nous survolons le Nunavik.
C'est maintenant une banquise disloquée qui apparaît à
travers le hublot, un véritable puzzle géant.
La terre glacée de l'Île de Baffin est en vue, l'avion
amorce sa descente vers Iqaluit, la petite capitale du Nunavut.
L'escale sera brève, quelques pas sur le tarmac vers
l'aérogare peint d'un jaune surprenant ; fait-il très
froid ? Certainement, mais le temps presse et finalement je n'en ai
pas vraiment conscience.
Juste le temps de changer d'avion et aussi d'ambiance ...
Car nous sommes encore à 2h10 de vol (700 km) de la
communauté de Clyde River d'où part notre raid.

Une quinzaine
de passagers, quelques Inuit regagnant leur famille, des centaines de
kilos de fret et une unique hôtesse habillée d'une
combinaison bordée de fourrure.
Pas de doute, c'est bien vers l'extrême Nord que nous nous
dirigeons.
Par le
hublot, la visibilité est parfaite mais l'on n'observe que du
blanc à perte de vue, un désert glacé sans
limite. On en viendrait presque à se demander si finalement il
y a bien quelque chose au bout du voyage. Les yeux cherchent
désespérément un détail, une
particularité, un relief qui pourrait fixer le regard ...
La voilà enfin cette côte, profondément
entaillée de fjords tortueux. Les hautes parois rocheuses de couleur
sombre font ressortir la blancheur immaculée d'une banquise
étincelante sous les rayons du soleil ...
Une voix nasillarde émane des hauts-parleurs, l'annonce est
incompréhensible mais l'on se doute que l'atterrissage est
proche.
Sur la
gauche, apparaît soudain des alignements de petits cubes bruns
: les habitations des 800 Inuit de Clyde River, une communauté perdue
au milieu de cette immensité blanche.
Cinq minutes plus tard, en posant le pied sur la piste gelée,
je respire enfin à plein poumon cet air pur et glacé
... Il fait -20° ! Cette première sensation, d'une
bouffée d'oxygène polaire, je l'attendais avec
impatience, je l'avais même imaginé ... provoquant une
certaine ivresse, celle du Grand Nord.
Il n'y a, bien sûr, pas de taxi à Clyde et c'est en traîneau tracté par une motoneige que l'on rejoint la bourgade. Un petit vent accentue très rapidement la sensation de froid, le nez pique et le visage est vite agressé, pourquoi avoir laissé ma cagoule dans mon sac ?
Maintenant,
tout attire mon attention tellement cette vision d'un univers nouveau
est
surprenante : la baie hérissée d'amas de glace, les
petits bateaux figés par la banquise, les motoneiges
pétaradantes que l'on croise, l'alignement de poteaux
électriques (pas très esthétique) le long des
maisons cubiques dont les cheminées crachent une fumée
vite balayée par le vent, les jeunes femmes qui portent leur
bébé sur leur dos et toutes ces peaux de phoques
étendues ça et là ...
Avec empressement, je voudrais tout voir, tout découvrir, tout
fixer ... Toutes ces premières visions, sensations et
impressions vécues au moment de l'arrivée dans un pays
qui m'est inconnu restent toujours dans ma mémoire des
instants forts.
Quelques aboiements de chiens parviennent à mes oreilles ... histoire de me rappeler, s'il en était besoin, que la grande découverte, c'est pour demain, avec le départ du raid en traîneau à chiens.
