IGLOO : Une leçon de construction esquimaude
De nos jours,
si vous parlez d'igloo à un Inuk, il ne pensera pas à
la même chose que vous ... Un igloo signifie pour lui la maison
qu'il habite, la sorte de cube préfabriqué que l'on
voit dans les communautés de l'Arctique canadien.
Quant à la traditionnelle maison de glace, il s'agit d'un
iglooviga.
Alors nous voilà partis pour la construction d'un petit
iglooviga.
Première étape, fondamentale, trouver
de la neige glacée suffisamment consistante pour fabriquer des
blocs de glace. Là, sur la banquise la neige est trop friable
et juste à côté de notre refuge la couche est
trop mince ... finalement, c'est Lévi qui déniche
l'endroit adéquate : sur cette pente, la neige est compacte.
Parfait !
Sans attendre, il délimite avec la pointe de sa scie le
périmètre des "briques" de glace : des blocs d'environ
80 cm sur 60 de large et 15 cm d'épaisseur afin de procurer
une bonne isolation contre le froid.
L'entame faite, cela devient un jeu d'enfant, c'est peut-être
pour cette raison que je donne un coup de mains. Trancher la neige en
long et puis en large et passer la lame de la scie sous le bloc ...
et hop un petit coup sec vers le haut et l'ensemble se
détache. Des blocs qui font penser à du
polystyrène par le bruit grinçant qu'ils font lors du
frottement entre eux !
Jayko s'est
déjà mis au travail, il assure la construction. La technique de pose
des premiers blocs doit être parfaite pour une bonne
stabilité de l'ensemble de l'iglooviga. En cercle et
légèrement oblique vers l'intérieur, les
arrêtes des blocs de neige étant biseautés
à l'aide d'un couteau. Pour les joints, il faudra attendre la
fin de la construction.
Le chantier est actif et les mouvements nous réchauffent,
à en oublier les - 18° ! Le deuxième niveau est
maintenant posé puis le troisième ... le dernier bloc
qui ferme la coupole est ajusté depuis l'intérieur, les
angles et la finition sont assurés par Jayko, maître
constructeur esquimau.
Voici la pointe du couteau qui apparaît près de la base,
l'ouverture de l'entrée et notre ami Inuk de sortir à
"quatre pattes", satisfait de son travail.
Maintenant, à la pelle, il faut déblayer le sol de
l'igloo en creusant au centre afin de confectionner une banquette,
très pratique pour s'asseoir.
Les Inuit des années 2000 construisent-ils encore des igloo ? Oui, lors des Fêtes communautaires pour honorer la tradition de leurs aînés nomades ... et lorsqu'ils partent sur des territoires de chasse éloignés où il n'y a pas de cabane-refuge, c'est sous des tentes qu'ils se reposent. Des tentes doublées facilement chauffées par un réchaud, comme celle-ci, où nos accompagnateurs inuit ont passé deux nuits.
Les chiens
sont prêts, c'est le départ et aussi ... la fin du raid.
Encore une splendide après-midi en traîneaux sous un
soleil qui ne nous aura pas quitté pendant tout le
périple, je n'en reviens pas !
J'aperçois au loin quelques bateaux ... au milieu de la
banquise ? En s'approchant, la raison me paraît vite
évidente : nous arrivons sur le rivage.
Une fois la banquise quittée, le traîneau chemine toujours sur de la neige ... mais maintenant sur une couche recouvrant la terre ferme. Le parcours emprunte une vallée puis un faux plat. La butte passée, l'allure du traîneau s'accélère. Devant nous, on devine maintenant les habitations de la communauté de Clyde river. Les chiens ont du flairer l'arrivée, et ne semblent pas épuisés par les 250 km parcourus en 6 jours. En apercevant leur enclos grillagé, les chiens se précipitent. Pour un peu, sans la vigilance de notre musher, c'est le traîneau entier qui pénétrait dans l'abri !