REFUGE : Un abri de fortune
Elle
paraît bien petite cette cabane où nous devrons nous
entasser à six pour y passer la nuit.
"Ma cabane au Canada " ... euh ? Non, plutôt au Nunavut !
Un toit, des murs en planches, un confort rudimentaire et un refuge
qui est vraiment le bienvenu après cet après-midi
polaire. Vite le matériel puis les sacs sont
déchargés et surtout il faut parer au plus
pressé : allumer le réchaud au nafta (un combustible
résistant aux très basses températures).
En quelques
minutes, il règne à l'intérieur de l'abri une
douce chaleur humide : oh ! il doit bien faire 5 ou 6 ° !
A chaque ouverture de la porte, c'est le même spectacle,
une brume de
condensation envahie notre abri et du givre se dépose
ensuite sur la porte, côté intérieur bien
sûr. Vous pouvez imaginer facilement le
phénomène, il est identique à ce qui se passe
lorsque vous ouvrez votre congélateur ...
Vouloir
immortaliser l'instant n'est pas du plus facile, juste le temps de
sortir l'appareil photo et la condensation embue l'objectif !
Au pire, cette humidité paralyse l'électronique et le
fonctionnement.
Tant pis, la photo sera pour une autre fois !

Les chiens
ont été servis avec un beau morceau de phoque
gelé pour chacun, il est temps de penser à notre repas.
Isa, un des inuit qui nous accompagne tranche un omble arctique à l'aide d'une
scie et ceci à même la neige.
La préparation et la cuisson seront toute simple : de belles
darnes bouillies dans de la glace fondue, du sel et quelques
aromates.
Il n'y plus qu'à goûter cette chair rose évoquant
le saumon. Une saveur très appréciée : un repas
de fêtes dans ces conditions de raid.
La soirée débute dans cet espace réduit transformé pour l'heure en un joli bazar ... une véritable "traînerie" s'exclamera avec son accent chantant notre ami québécois : des sacs de couchage en boule sur le support qui sert de banquette, nos habits suspendus ça et là, des sacs à dos et des bottes aux quatre coins et des gamelles éparpillées ... il flotte dans l'air une odeur de gaz brûlé due au réchaud et à la lampe à pétrole qui nous donne maintenant une lumière tamisée.
Histoire de
connaître un peu mieux les traditions inuit, je propose
à Jayko de nous faire une démonstration d'un des jeux
les plus populaires dans l'Arctique :
le jeu de
ficelle.
Un bout de ficelle est vite trouvé dans mes bagages et
voilà Jayko à l'oeuvre ... Des jeux moins
pratiqués de nos jours, notre ami un peu gêné
hésite, essaie plusieurs combinaisons ... avant que ses doigts
retrouvent l'agilité de son enfance.
Ça y est, les réflexes et les automatismes sont
remémorés et le visage s'éclaire d'un large
sourire.
En un tour de main la ficelle fait apparaître un
traîneau, un lièvre et soudain un caribou !
Dans un coin Jayko a disposé sa radio, sorte de CB reliée à une antenne de fortune composée d'un interminable fil de fer. D'incessantes onomatopées (en fait de l'Inuktitut, la langue locale) émanent du récepteur, nasillardes, brouillées, finalement agaçantes. "People from all the Nunavut" nous affirment, satisfaits, nos Inuit.
L'autonomie du
réchaud n'est pas très longue et nos amis inuit rechargent
régulièrement le combustible ... sauf la nuit.
Bien au chaud dans nos sacs de couchage (certifiés pour des
t° de - 35°) cela ne perturbe pas le sommeil. Par contre au
réveil, il faut se faire violence pour sortir du lit. Un oeil
ouvert .... et je ressens déjà le froid sur mes
quelques mèches de cheveux qui dépassent du sac de
couchage, ensuite le premier souffle se transforme en buée
...
Pour le brin de toilette, appliqué, j'ai mon lot de lingettes,
comme conseillé par les organisateurs. Mais hier soir j'ai
oublié de les placer près de moi dans mon sac de
couchage ... en les attrapant au milieu de mon sac à dos, je
constate très vite qu'elles sont ce matin inutilisables car
transformées en bloc de glace !
Idem pourla crème hydratante pour le visage ainsi que pour
l'eau laissée dans la casserole, une mini banquise a
figé la cuillère au milieu !
La vie dans les abris du pôle nécessite une certaine
préparation, n'est-ce pas ?
Au fait, j'ai oublié de vous donnez un détail
intéressant : le thermomètre placé dans l'abri
indique ce matin - 11° !!!

Préparant le départ, notre musher se
livre maintenant à un autre jeu de ficelle ... avec les cordes de l'attelage.
Comme jeu il y a plus ludique, car dérouler,
démêler, éviter les croisements de cordes,
attraper les chiens et puis enfin les atteler tout en calmant leur
fougue et leur impatience n'est pas de tout repos.
Et dans ce rôle, Jayko est maître en la matière.
Bravo !