CANAL MOSCOU-VOLGA Des travaux titanesques


Il est 12h30,
accompagné d'une musique de fanfare notre bateau quitte
doucement le quai. Un dernier coup d'oeil à la
Gare Fluviale de Moscou (pur style stalinien des années 30 )
construite au bord d'un joli parc où les moscovites aiment
flâner ... en regardant les bateaux s'éloigner vers
St-Pétersbourg. Un rêve inabordable pour beaucoup de
russes ...
Heureux privilégiés, nous allons le réaliser
!
On oublie vite les grues du port, les immeubles des faubourgs pour
nous retrouver dans un univers estival de petites stations
balnéaires : yatchs, jet-ski ... les vacances des riches
moscovites.
Plus loin, l'ambiance est plus rurale au bord du canal. Images qui se répètent de piques-nique champêtres : une Lada toutes portières ouvertes, un feu de camp et une fammille rassemblée autour des enfants qui se baignent dans les eaux vertes. Tiens, en voilà qui nous saluent avec de grands gestes. Priviet ! (salut !)
Plusieurs
écluses jalonnent le canal Moscou-Volga. Un canal qui est le résultat
de travaux pharaoniques réalisés à
l'époque stalinienne ... le but, pouvoir enfin emprunter une
voie navigable de Moscou à St-Pétersbourg.
Pierre le Grand en avait rêvé mais c'est finalement
Joseph Staline qui la concrétisera ; et cela aux prix d'un
chantier de sept années de labeur pour les ouvriers, souvent
épuisés par les tonnes de gravats à charrier et
les longues digues à bâtir ... certains en moururent !
Mais à l'époque la main d'oeuvre était bon
marché : on utilisait les prisonniers du goulag !
Sur ce canal, il n'y a bien entendu pas seulement des bateaux de croisière mais un trafic fluvial important. Des tonnes de graviers et de sable sont ainsi transportées sur des péniches croisées au fil de la navigation sans oublier le transport du bois.
La
première journée se termine, le bateau glisse sur des
eaux calmes, des reflets dorés d'un magnifique coucher de soleil dans un ciel rougeoyant ... et un
soleil qui joue à cache-cache quelques instants,
le temps du passage d'un bateau de croisière à
babord.
Inoubliable !
Petit matin et retour à une
réalité historique plus dure, nous passons près
du clocher de l'église de Kalyazin, une église engloutie dont seul émerge
de l'eau le clocher. Le témoignage d'un des 700 villages
rayés de la carte par le plan "Grande Volga" de Staline. Comme
la Volga, l'été, n'était pas assez profonde par
endroits pour la navigation, une oukase en 1932 a donné le
départ de gigantesques aménagements sur le fleuve :
barrages, digues, canaux, écluses .... et du côté
de Rybinsk, la création d'un immense réservoir
sur
45 000 km2 : une véritable mer intérieur
constituée par le détournement de 60 rivières
!
Pauvres habitants, obligés de fuir leur village
submergé !
Ici, les eaux sont de couleur bleu-vert, conséquence d'une
prolifération d'algues due à la décomposition
des forêts englouties ; l'apauvrissement en oxygène de
l'eau n'est pas du goût des poissons ... pas étonnant
que les pêcheurs soit peu nombreux sur la Volga.