SAGAN-ZABA : A la recherche du chaînon manquant
Ce matin le
ciel
est bas et la brume tarde à se lever, les côtes
en bordure du lac apparaissent sombres et sans nuance. Cependant la
navigation se poursuit en direction de la partie sud du Baïkal
...
Mais qu'observe avec ses jumelle notre sympathique Capitaine
Nicolaï ? Peut-être cet amusant bateau et sa teinte
violette qui donne une touche de couleur à ce panorama
monochrome.
En fait, ce qu'il doit certainement essayer de distinguer c'est la crique où nous devons faire escale. Elle est située dans les environs proches et sur des falaises, les archéologues ont découverts de très anciennes gravures rupestres.
La visibilité n'est pas parfaite et toutes les falaises
se ressemblent, aussi notre Capitaine préfère prendre
conseil auprès de pêcheurs bouriates que nous venons de
croiser. Le lieu est isolé et ce seront les seuls de la
matinée, ils confirment bien que nous approchons du Cap
Krestovski et donc de notre escale de Sagan-Zaba.
Dans toute la région du lac Baïkal, les archéologues ont découvert des indices de présence humaines, plusieurs sites ont été mis au jour. Un exemple avec ceux des Kourikans, qui vivaient notamment sur l'île d'Olkhon dès le 8 ème siècle, quelques murets effondrés et des vestiges de tombes en forme de yourte témoignent d'ailleurs de leur présence.
Mais un des sites les plus intéressants se trouve à Sagan-Zaba, nous y sommes, il ne reste plus qu'à débarquer.
Seulement les
falaises où se trouvent les gravures ont les pieds dans l'eau,
pour les observer de plus près nous devons emprunter la petite
annexe gonflable du bateau. La roche aux tons clairs est
sillonnée de fissures mais à bien y regarder, on
distingue nettement ces dessins gravés à même la
roche.
Plusieurs
scènes y sont représentées. Ici, apparaît
un chasseur monté sur son cheval. A côté on
reconnaît facilement les silhouettes gracieuses de cygnes et de
cervidés qui sont dessinés avec d'imposants bois.
Et ce n'est pas tout, des chamans sont également
représentés sur ces pierres, on les voit la tête
couronné, la main levé dansant au cours de
cérémonies rituelles.
Des
gravures découvertes en 1981 mais
qui, d'après les historiens, dateraient
d'environ 4500 ans.
Si les Bouriates qui s'aventurent jusqu'ici laissent souvent des
offrandes aux pieds des falaises, quelques uns ont eu la stupide
idée d'ajouter de vilains graffitis sur certains rochers
!
Juste
à côté, dans la petite baie, une mission
archéologique est en plein travail.
Sac de reporter en bandouillière, un homme s'avance vers nous,
heureux hasard, il est français et enquête actuellement
sur ces fouilles pour le compte d'une revue de vulgarisation
scientifique. Comme Marc, c'est son nom, est sympa, c'est finalement
lui qui nous donnera quelques renseignements sur le travail de cette
équipe russo-canadienne. Ils sont une
quinzaine de chercheurs et d'étudiants venant pour certains de
l'Université canadienne d'Alberta à s'affairer sur ce
site en ce mois de juillet 2006.
Très consciencieusement, des repères sont posés à même le sol et la terre creusée est même tamisée, tous les détails étant consignés avec précision sur des cahiers. Un peu plus loin, autour d'une table, un scientifique pinceau brosse à la main époussette la terre qui colle à une mâchoire de phoque.
"Ils ont trouvé hier, ici, plusieurs ossements de phoques, des fragments de poteries et des pierres ayant été utilisées comme flèches " nous confiera Marc et d'ajouter "c'était le lieu d'un camp de pêche estival, le nomadisme était le mode de vie des populations de l'époque car aucune trace de cimetière n'a été trouvée dans les environs". En cas de mauvais temps les nomades devaient se réfugier un peu plus haut sur la colline dans une grotte, une déduction des scientifiques qui ont étudié minutieusement le site.
Mais ce qu'aimeraient découvrir les responsables de cette mission, ce sont des indices pouvant expliquer la disparition de toutes traces de présence humaine pendant un intervalle de près de 1000 ans : le maillon manquant dans l'histoire de l'homme en Baïkalie. pourquoi cette absence ? Quelle est la raison de la disparition de tout signe humain durant cette époque ? Des modifications climatiques, un cataclysme ... ? Une question encore sans réponse précise pour les archéologues !