REVUE DE PRESSE : A propos du Nunavut

Pollution
... La convention de Stockholm de 2001 entre en application. Elle doit interdire (ou sévèrement restreindre) l'emploi de douze polluants organiques persistants (POP) : produits chimiques industriels dont les polychlorobiphényles (PCB), pesticides et contaminants (dioxines, etc.). Quasi indestructibles et portées par les vents et les courants marins, ces substances toxiques se propagent sur des milliers de kilomètres. Selon les signataires de la convention, elles
menacent "l'écosystème arctique et les populations autochtones qui y vivent". Non seulement le froid polaire en ralentit l'évaporation, mais les molécules se fixent dans les organismes vivants et les animaux, source d'alimentation privilégiée des Inuit
Via la chaîne alimentaire, les POP aux effets redoutables (cancers, baisse de la fertilité, déficiences du système nerveux et immunitaire ...) sont accusés d'empoisonner les habitants du Grand nord.
De ce fait, 73 % des femmes inuit auraient un taux de PCB dans le sang cinq fois supérieur à la norme canadienne...
"Quand on a découvert que notre nourriture traditionnelle était empoisonnée, on était scandalisés, se rappelle Sheila Watt-Cloutier, présidente de la Conférence circumpolaire des Inuit. On a même conseillé aux mères de ne plus allaiter. Vous imaginez ?"

Carole Duffrechou LIBERATION 17/05/04

 

Autonomie politique / Société

Bilan ? ... Cinq ans après la création du territoire du Nunavut, les aborigènes du cercle arctique dressent un bilan contrasté de l'autonomie concédée par Ottawa. Entre repli identitaire et acculturation, chômage et perspectives de développement, la voie semble étroite pour concilier tradition et modernité. La création du Nunavut (30 000 hbts, (85% d'Inuit, 15% de Blancs), le 1 avril 1999, au sein de la fédération canadienne, avait pour objectif de donner aux Inuit les moyens de réussir leur adaptation au monde moderne... Pour le Canada, Etat officiellement multiculturel qui valorise la reconnaissance des multiples identités des petites nations qui le composent (et donc celle des Inuit, longtemps méprisée) ce tournent était affaire de justice. Mais aussi d'efficacité. Face aux critiques contre la politique d'assimilation d'un peuple "passé, en une génération, de l'igloo à la baignoire" comme le résume l'Inuit Peter Irnik, commissaire général.
"Pour tous, c'était un rêve où chacun imaginait ce qu'il voulait, nuance Cecil Anderson, l'administrateur de Kimmirut. La génération des anciens est analphabète. Les jeunes, eux, voient, par la télévision, comment vivent les autres Canadiens". Et ils aimeraient bien savoir comment finir par leur ressembler...
Le premier gouvernement a beau se vanter d'avoir mis en place les institutions et formé 600 bacheliers en cinq ans, l'enthousiasme initial a progressivement cédé la place à la désillusion.

L'avenir économique ... L'avenir, en réalité, se trouve sous la glace ... Tout indique que le sous-sol recèle un pactole minier et énergétique ... Trois mines d'or et de diamants vont ouvrir d'ici à la fin de la décennie. Outre du nickel, du zinc et du cuivre, 19 gisements de pétrole et de gaz naturel ont été identifiés ...

Le problème des suicides ... En général, ils choisissent la pendaison. Parfois, l'arme à feu. Le plus souvent ce sont des hommes jeunes entre 15 et 25 ans. L'an dernier, ils ont été 37 à décider ainsi de dire adieu à la vie. Ce fut la pire année. Pour une communauté qui ne compte que 25 000 âmes, c'est une hécatombe.
...
" Il n'y a pas longtemps encore, nous étions une société de nomades, où l'homme le était chasseur qui subvenait aux besoins du groupe. Les femmes ont pu s'adapter aux mutations, les hommes ont plus de mal à exprimer leurs sentiments. Les ères de transition sont toujours difficiles à vivre ..." Rosemary Cooper, assistante du ministre adjoint des Affaires intergouvernementales.

Jean-Michel Demetz L'EXPRESS 10/05/04

 

Condition féminine
Les longues négociations avec le gouvernement fédéral et les premières années du gouvernement du Nunavut ont été marquées par les questions des revendications territoriales, des droits de chasse et de la décentralisation, reléguant au second plan la situation des femmes.
En 1997, néanmoins, le débat sur la
parité avait un temps échauffé les esprits. A la radio et dans les consultations publiques, les langues se sont déliées. Mais, en mai 1997, le "Non" l"a emporté avec 53% des voix et un taux de participation très faible. Pour les femmes inuites, le défi est désormais double : confrontées, tout comme les hommes, à la modernité venue du Sud, elles doivent en même temps lutter contre les traditions qui cantonnent encore la femme à la shère familiale.
Le bilan est mitigé : les femmes sont souvent
victimes de violence, d'abus sexuels, et la plupart n'occupent que des emplois subalternes. Mais d'un autre côté, 70% des étudiants du Collège de l'Arctique sont des femmes : mères souvent dès l'adolescence, elles réussissent néeanmoins à mener de front leur carrière et l'éducation de leurs enfants.

Clotilde Warin LE TOIT DU MONDE Automne 2002

 

Justice
En élevant l'inuktitut au rang de langue officielle, le nouveau gouvernement territorial a amélioré le système judiciaire. Les Inuit sont désormais jugés dans leur langue. Ils en sont fiers et ont le sentiment d'être davantage entendus et respectés. Le nouveau pouvoir n'entend pas en rester là. Il étudie une réforme pénitentiaire aux termes de laquelle tous les prisonniers seraient détenus sur le territoire du Nunavut ...
L'ambition de l'équipe est de
combiner l'ancien système communautaire et la loi canadienne ...
L'un des premiers efforts porte sur les
programmes de réinsertion ... Le "On the land program" ("Sur la terre de nos ancêtres") emmène ainsi de jeunes détenus sous la conduite d'éducateurs inuit, pour des chasses de plusieurs jours sur la toundra et la banquise ...
Sur la glace, il n'y a plus ni détenus ni gardiens, mais des Inuit qui cherchent ensemble leur chemin.

Bernard Mathieu GEO n°257 07/02

Lectures : morceaux choisis

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