TRAÎNEAU : Départ en qamotik au milieu d'une poudrerie

Soleil et poudrerie

La nuit a été courte (impatience du départ et décalage horaire). Au petit matin, une brume opaque estompe les contours des collines qui ceinturent la baie de Clyde. Heureusement, le soleil prend l'allure d'un grand halot lumineux en diffusant une lumière tamisée dans ce paysage uniformément blanc gris.
Le vent souffle, le brouillard est givrant, les québécois appellent de telles conditions météo : une poudrerie.

Nos accompagnateurs inuit sont dubitatifs, l'un souffre du dos et l'autre propose de reporter le départ à demain ... trop de vent, pas assez de visibilité ! Coup de bluff ? C'est une première rencontre avec le caractère esquimau, nous étions prévenus : Inuit time = No time ! En parfait connaisseur des comportements arctiques, Emmanuel, notre accompagnateur-guide, persiste. Nous partirons bien en fin de matinée ...

Ain ! Ain ! Ain !

Maintenant tout est prêt : la logistique (motoneige avec traineau pour le matériel, carburant pour le chauffage, provisions et balise de détresse). Jayko, lui aussi est prêt, ce sera notre musher ; quant aux 15 chiens esquimaux qui composent notre attelage, ils ne cessent de grogner d'impatience !
Juste le temps de se placer maladroitement sur les lattes de bois du
traîneau et nous voilà partis dans le Grand blanc. Un vent de côté souffle soulevant la poudreuse par vagues successives, très vite le refroidissement que provoque cette "poudrerie" glace mon visage pourtant bien protégé. Mes yeux pleurent ... des larmes d'émotion devant ce rêve devenu réalité : faire du traîneau à chiens en compagnie d'Inuit ? Non, c'est plutôt le résultat de cet air glacial ... voilà que maintenant mes cils se chargent de perles de glace.
La découverte de l'arctique se mérite !

Un passage sur une couche de neige plus épaisse et l'allure ralentie.
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Ain ! Ain ! Ain !", Jayko encourage son attelage et le trot s'accélère, parfois, un simple sifflement ou un claquement de main suffit pour stimuler la troupe.
En terre esquimaude, la disposition des chiens est toujours en éventail, si l'un deux venait à tomber dans un trou d'eau, il n'entraînerait pas le reste de l'attelage. Cependant, il n'y a rien à craindre en ce début avril, la couche de glace est conséquente et ce n'est pas le soleil vif dont nous bénéficions maintenant qui risque de faire fondre la banquise. Il fait toujours - 20° !

Les chiens habitués aux conditions polaires tirent la langue et leur museau est tapissé de givre, quelques coups d'oeil furtifs et craintifs en direction de leur maître semblent témoigner d'un doute sur la direction à suivre ?
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Ouuah ! Ouuah ! Ouuah ! " (à droite !) crie à plusieurs reprises Jayko. L'effet n'est pas probant, l'attelage se dirige toujours vers la gauche ; même un coup de fouet claquant ne permettra ps d'obtenir la direction souhaitée. Seul l'arrêt précipité par l'action d'une double griffe labourant la neige sur le côté du traîneau provoquera le changement d'orientation ... bien têtus, ces chiens !
Mais en observant attentivement les bêtes, je crois que le meilleur guide pour les diriger ... est la trace de la motoneige qui nous précède, alors là, le cap est maintenu sans problème ... pardon Jayko !

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Les qamotik (traîneaux) de l'Arctique canadien ont la particularité d'être longs et lourds, jusqu'à 500 kg chargés : pour le raid, en plus du musher, nous sommes deux sur la couche de mousse recouvrant les lattes de bois.
Est-ce confortable ? Une fois la bonne position trouvée, bien calé par la caisse à l'arrière du traîneau, disons que c'est acceptable. Bien sûr, cela dépend de l'état de la banquise qui n'est pas toujours plane. Mais il faut reconnaître que l'assemblage des pièces de bois avec les traditionnelles cordes permet d'absorber les chocs et les irrégularités de la glace.
Et puis, pour une meilleure glisse et surtout pour faciliter le travail des chiens, Jayko n'hésite pas, le soir à l'étape, à raboter et à lisser le matériau synthétique qui recouvre de nos jours les patins.

Polissage des patinsL'assemblage avec des cordesFrein ... et ancre à l'arrêt

Chiens : Marathoniens des glaces

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